Taklimakan Rally China 2016 - Etape 3

Take it easy

Hier, je vous disais avoir particulièrement soigné mes notes sur le road book, bien décidé que j’étais à améliorer mes compétences dans l’art de la navigation. Ben heureusement que je me suis appliqué, parce qu’il ne m’a pas fallu plus de 4 kilomètres après le départ de la spéciale pour rater la trace et me« perdre » gentiment… Le temps de rebrousser chemin, de voir quatre collègues arrêtés hésitant sur le cap à suivre, et je choisis de prendre l’aspi du numéro 8… Belle façon de poursuivre l’apprentissage que de choisir un lièvre hein ? Pas très glorieux je le confesse, mais là, sur le coup, mon instinct m’a dicté de faire ça.

Peut être parce qu’avec un départ du bivouac à 4 h 30 (donc réveil à 3 h 30) pour une entrée en spéciale à 7 h 15, le coup était un peu rude.


Et je pense surtout que ce n’était pas un mauvais choix que de pister ce Willy Jobart, un français bourlingueur, pilotant cette année pour le compte du team chinois Bexin (une grosse société de génie civil) et déjà fort d’une expérience riche de plus de 40 rallyes dont une bonne dizaine de Dakar. Un gars qui connaît le métier quoi. Recalé sur mes notes, on entre pour la première fois dans des chemins de sable. Le pied ! Des virages dans tous les sens, des petites bosses pour s’amuser, dans ce chemin qui n’en finit pas, je me régale vraiment.

Repassé devant Willy, mais convenu d’un petit signe qu’on fera route ensemble, je m’applique sur mes notes, et ça fonctionne plutôt bien. Quelques intersections loupées de peu, un demi tour express suffit à nous envoyer sur la bonne voie… Jusqu’à cette foutu note de danger 3. Le plus gros indice de danger sur un road book. Oh pas de chute non, le danger je l’ai vu, on s’est même arrêté devant avec Willy. Une sorte de plaque de boue, craquelée sur son sommet, claire où nos roues sont posées, sombre 3 mètres devant.

En tout, sa largeur ne dépasse pas 8 mètres. Rien quoi. Deux sillons sontd’ailleurs creusés, preuve que des motos sont passées dedans et n’ont pas pris la déviation de 400 mètres environ que le road book suggère. Je l’ai pas suivi le road book… l’idiot bête… deux mètres après m’être élancé, la moto s’enfonce au niveau du bras oscillant, complètement prisonnière d’une argile pour laquelle n’importe quel potier se damnerait. Moi, à cet instant, je me foutrais des baffes... Les pieds dans la fange, mes bottes sont prisonnières, et je dois mon salut à la présence d’un chinois, venu surveiller l’endroit (mais qui aurait mieux fait de nous exhorter à faire le tour alors qu’il n’était qu’à quelques petits mètres de nous), qui m’aide à me dégager les pieds. Willy vient m’aider à son tour en tirant la moto. En quelques secondes, l’affaire est finalement réglée, sauf que ma moto ressemble cette fois à une moto en terre (pas encore cuite) que je dois impérativement libérer pour ne pas risquer de plus sérieux dommages mécaniques.

À pleines mains, je retire des kilos et des kilos de cette terre collante. La roue en est pleine, l’échappement aussi, la transmission est totalement invisible, prise dans un sarcophage d’argile… Après quelques minutes, le plus gros est enlevé. Et alors que je peste après ma bêtise, Willy arrive en rigolant : « J’ai faillilaissé mes bottes dans la boue, les pattes totalement prises, tu vas pouvoir me les laver ! » L’expérience… L’un relativise, l’autre pas. Se rappeler sans cesse que la route est longue, garder son sang froid, et ne pas ruminer son erreur, au risque sinon d’en commettre une autre quelques instant plus tard. Donc pour en revenir au lavage des bottes, je me dis que ce sera avec plaisir. Sauf qu’au loin, pour ne pas changer, de gros nuages noirs s’amoncellent.

Et 100 kilomètres avant l’arrivée d’une étape qui en aura comporté 320, la pluie s’installe. Durable, tenace, pas emmerdante sur les pistes sablonneuses, horrible sur les pistes artificielles recouvertes de glaise. Là, c’est pas la peine... Les 30 derniers kilomètres sont une tannée. Une succession de flaques d’eau posées sur un sol à la nature changeante, allant du grip trèssatisfaisant à un remake parfait d’Holliday on Ice. C’est ce que je ferais d’ailleurs à même pas deux kilomètres de l’arrivée, dans un virage assez ouvert à droite. L’arrière qui emmène l’avant sur une plaque de glaise pour une glissade sans autre conséquence que d’ouvrir mon compteur sur ce rallye. Moi qui n’en voulais pas… Je vais désormais juste faire en sorte de ne pas renouveler la figure. Le point positif, c’est que cette flotte aura lavé les bottes du gars Willy…

Aujourd’huijeudi, journée off (et oui) avec gros travail sur la moto dont l’amortisseur talonne tout ce qu’il peut pendant que le moteur détonne en cadence… De plus en plus forte la cadence. La route est encore très longue avant la fin deTaklimakan Rally.

Trac(à qui on a dit que cette fois, juré promis, la flotte c’est terminé !)