Taklimakan Rally China 2016 - Etape 2

Retour au rallye

La météo locale s’est trompée ! Pas de pluie ce matin au programme, par contre du vent… Après un nouveau réveil matinal (5 heures) et une courte nuit (4 heures), c’est 160 kilomètres de liaison qui nous attend. La moto sur la remorque (pour rappel, on ne roule pas à moto en Chine avec des plus de 250 cm3, encore moins avec un permis autre que chinois), deux gars du team aux commandes (et oui, il y a aussi un roadbook pour la liaison), Xavier et ma pomme tankés à l’arrière qui prolongeons notre nuit, les kilomètres défilent sans douleur.

Au départ de la spéciale, ça souffle très, très, fort. D’ailleurs, les bœufs qui paissent aux alentours en ont perdu leurs dernières cornes. Mais joie, la piste est sèche, le soleil pas loin de percer… Ça fit du bien. Quarante bonnes minutes à patienter et c’est parti ! Mon camarade de piste (chinois donc) part à bloc au moment où le starter finit tout juste de replier son dernier doigt.


Un style étonnant, jamais debout, à l’attaque jusqu’au bord des virages, la roue arrière qui balaye la piste à chaque accélération, le gazier ne veut rien lâcher, parti comme pour une manche de 20 minutes… Sous mon casque, je me demande si ça va le faire comme ça pendant 300 kilomètres. En le regardant rouler, je pense aux conseils des anciens qui avant mon premier (et seul) Dakar m’avaient dit : « ne roule pasà plus de 60% de tes capacités »… Pas une consigne pour moi, unerègle ! Déjà qu’en convoyant y’a moyen de s’en mettre une bonne, alors à l’attaque… Il n’y aura donc pas d’attaque, juste plein de plaisir à enrouler à joli rythme, sur le gros couple, mais très rarement dans les tours (en même temps, un 530 KTM dans les tours..) me régalant en sentant l’arrière dériver dans les longues courbes, appréciant le grip retrouvé de mes pneus. Le pilotage de ces motos, même si celle ci n’est pas une « vraie » rallye au sens Dakar du terme, c’est quand même le top. En parlant de top, cette spéciale fut bien belle. Des paysages variés, tantôt en Mongolie, tantôt dans les rios d’Argentine (Ok, le modèle mini des rios d’Argentine), parfois dans des coins qui ressemblaient à la Lozère puis à la Bretagne.. En 300 kilomètres, j’ai déjà vu beaucoup de pays. Varié, intéressant question pilotage, ce tracé faisait aussi la part belle à la navigation… Enfin, perso, je trouve. Faut dire que je suis loin d’être un expert en la matière.
Premièrement parce que je n’ai fait, avant le Taklimakan, qu’un rallye, le Dakar. Deuxièmement parce que c’était il y a maintenant plus de deux ans… Donc question entraînement, on reste proche du néant. Et surtout troisièmement parcequ’au Dakar, je partais le plus souvent entre la 40 ème et la 60èmeplace en fonction du score de la veille. Donc autant dire que les traces étaient le plus souvent faites. Là, j’ai décollé 7ème , donc pour lestraces de pneus, y’en a moins. Et parfois, même souvent, les traces des premiers ne vont pas toujours dans la même direction. Donc faut s’y retrouver… Et pendant 150 kilomètres, je ne m’y suis pas du tout retrouvé. Je me suis même gentiment paumé. Ratant un cap, confondant une intersection, ne recalant pas assez vite mon road book (qui au demeurant a très bien fonctionné, unechance !)… En tout, j’ai bien dû faire 20 bornes de trop. Du micro ratage jusqu’à la balade supplémentaire de 5 kilomètres (plus le retour sur ses pas) ou l’on se demande, une petite boule commençant à grossir dans le ventre, où je suis bien barré..). Et puis finalement mes pairs me sauvent une nouvelle fois la mise : « retrouver une notenette sur le road book, recaler son Ico, et repartir plus concentré que jamais ».

Du coup, pendant les 150 bornes suivantes, j’ai changé ma façon d’appréhender mon road book, recherchant bien plus l’annotation du cap (ce que je faisais beaucoup moins au Dakar). La méthode a marché, et je ne me suis plus paumé, bien quelques hésitations mais pas de plantage, m’appliquant plus sur ce poste, ramenant même un camarade chinois arrivant à contre sens, déboussolé à son tour. Je ne sais pas si ça fait pareil pour tout le monde, mais perso, cette sensation d’être paumée, errant ne serait ce que quelques instants au milieu de nulle part, sans aucun repère, pouvant tout juste se raccrocher à l’idée de se transformer le cas échéant en Petit Poucet cherchant sa trace de retour (si la pluie ou le vent, ou les pierres, n’en ont pas décidé autrement), je la trouve juste horrible. Vraiment. Autant vous dire que ce soir, mon road book, je l’ai calibré « navigation ».

Sécurité par rapports aux dangers bien sûr, et navigation ! Je sais pas si marchera, mais je pense que j’ai appris un truc aujourd’hui. Et m’offrir un banc d’école en Chine, ça, ça ma plaît ! Demain mercredi, le départ du bivouac est annoncé à 3 h 30 pour une entrée en Spéciale à 7 heures avec 320 kilomètres à parcourir. La piste de ce Taklimkan est encore bien longue pour ma pomme comme pour celle de mon mécano Xavier qui n’a pas encore fini, à 22,30 heures, d’essayer de donner une nouvelle jeunesse à ma KTM.

La pauvre ayant souffert d’une absence de soins pendant de trop longues années… Mais on y croit !