Taklimakan Rally China 2016 - Etape 1

De boue les braves

Paraît qu’il ne pleut pas souvent dans la région… Sauf depuis deux jours. Moi qui attendait des jours meilleurs… En même temps, c’est ça le rallye non ? Oui, c’est ça, faut composer avec les éléments, et puis les aléas techniques aussi, et puis avec d’autres choses encore... Les éléments, c’est une nuit où des trombes d’eau lac se sont déversées sur la région de Tacheng.

Que d’eau, que d’eau… En attendant de découvrir ce que ça va donner sur le terrain, le terrain, faut déjà le rejoindre. Parce qu’en Chine, on ne roule pas à moto sur la route. Pas avec un permis étranger déjà, et pas non plus pour les locaux s’ils possèdent une moto qui cube plus de 250.

Donc les liaisons, c’est par la route, la moto sur une remorque ou dans un camion. Tomi, le seul Chinois du team à parler un peu anglais, nous a donné rendez vous à 5 heures pour un départ programmé à 7 h. Deux heures pour faire quoi ? Rien en fait, bavarder, boire du thé, et essayer de somnoler quelques instants à l’arrière de la voiture en attendant de récupérer mon carton de pointage. On aurait pu se réveiller à 6 h 15, ou un truc du genre, ça m’aurait fait plus de 5 heures de sommeil. Sur la route, les bâches d’eau ont remplacé les bas côté, les champs sont inondés, ça promet, même si la pluie s’est arrêtée. 85 kilomètres plus tard, on arrive à l’entrée de la spéciale. Dernière inspection de la moto par Xavier, équipement enfilé, et c’est parti pour 120 kilomètres. Rien vous me direz ? Ben si. Pourtant au début non. Une piste roulante, un bon grip sur de la gravette, les sensations de piloter une moto de rallye qui reviennent vite, le bonheur est pas loin. En fait, il aura fallu d’un problèmed’alimentation pour que la galère s’installe gentiment… En un coup, plus de dérouleur de road book électrique et mon totalisateur kilométrique (alors sur quelque chose comme 20 km) qui se remet à zéro. A cet instant, sans carte (mon road book figé), sans les bons kilomètres, je navigue à vu… Parti 12 ème,je suis les traces, fais gaffe (en même temps, ça, c’est le truc que j’essaye le plus de faire, même quand tout fonctionne), et navigue en surveillant parfois les casques au loin. Je me dis que ça va aller.

Et c’est à peine plus tard que le grip de la piste disparaît pour laisser la place à une fange boueuse du genre mouvante par endroit, hyper glissante dans d’autres. Encore une fois, les pneus désert dans la boue, c’est juste pas la peine. Pour réussir à tenir sur mes roues, j’évolue dans la végétation, à très faible allure, mais au moins j’avance, en équilibre… sur un fil. Compliqué, vraiment compliqué, et cette portion durera peut être 20 ou 30 kilomètres. D’ailleurs, les voitures parties après se planteront pour beaucoup dans cette longue ligne. Enlisées, elles resteront des heures avant que de s’en extraire. Prenant mon mal en patience, j’avance doucement. Mais j’avance. Et puis d’un coup, comme par magie, l’éclaircie, une piste avec du grip, puis rapidement deux, trois, quatre ! Le plaisir revient en même temps que l’on prend de l’altitude, la cadence s’accélère gentiment, mon road book reprend vie, le totalisateur kilométrique aussi. Manque de bol, trop étroit, le papier du road book se fend, puis se bloque… Arrivé à un contrôle de passage quelques kilomètres plus loin, j’en profite pour le refaire.

Il fonctionnera pour les 30 derniers kilomètres. Des kilomètres magnifiques, dans des collines verdoyantes qui ressemblent à la Mongolie avec ces mêmes cavaliers qui nous regardent passer, surveillant cette transhumance motorisée, impassibles. Je roule ces quelques instants en ayant l’impression de vivre hors du temps, flottant dans un lieu totalement étranger peut être, mais dans un lieu grandiose. La haute montagne domine au loin, majestueuse sous ses sommets enneigés. Le temps vire de nouveau au gris, laissant encore passer quelques rayons de lumière qui souligne le contraste entre ces vertes prairies et la dureté de la roche qui la parsème. Et puis c’est l’arrivé. Toujours sympa l’arrivée d’une étape. La première depuis mon Dakar 2014, avec cette émotion particulière, surtout quand tout n’a pas été simple. Et ça risque d’être encore compliqué demain avec 300 kilomètres à parcourir, sous la flotte paraît il… Avec un faisceau refait à neuf par Xavier, mais un dérouleur de roadbook qui merde et saucissonne les feuilles… Paraît qu’on le changera au soir de la prochaine étape nous ont dit les camarades chinois. On va improviser, au doigt mouillé (c’est le cas de le dire, même si j’espère que la météo se trompe aussi souvent que chez nous).

Ahet pour l’anecdote, on a pris 6 minutes de pénalité avec mon coéquipier chinois. Tout ça parce que notre assistance n’est, apparemment, pas redescendue assez vite au bivouac.

Du coup je dois terminer 7ème de l’étape (surune vingtaine de motos, ne nous emballons pas), mais des étapes, y’en reste un bon paquet. Step by step ! Un joli proverbe mongole d’ailleurs…