Coupe de monde MX Vétérans

Profond le sable...

Après le Dakar en 2014, le Touquet au début de cette année 2015, c’est dans un nouvel environnement sable que le Trac avait rendezvous en cette fin de mois d’août pour la Coupe du monde de motocross VET. Une épreuve plutôt difficile, comme il nous le raconte.

Photos Pascal Haudiquert

Franchement, je n’ai rien vu venir. En tout cas pas à ce point là… En me baladant la veille de l’épreuve sur ce terrain 100% artificiel, construit sur le circuit de vitesse bitumé d’Assen, celui là même qui quelques mois plus tôt voyait Valentino Rossi et Marc Marquez se livrer un duel de toute beauté (l’épilogue de la course MotoGP se jouant alors à l’entrée de la dernière chicane), je ne mesurais rien de ce qui m’attendait.

Ok, j’avais bien vu que je marchais sur du sable. Pour l’organisation de ce GP, et la réalisation du tracé, ils en avaient même apporté 1 500 camions… 1 500 bennes déversant ces tonnes de silice pour modeler un circuit inédit au sein même de la cathédrale d’Assen, en plein cœur du mythique Dutch TT.

J’aurais peut être dû m’inquiéter quand, après quelques centaines de mètres parcourus à pied sur ce tracé, je me rendais compte que je marchais bien plus « dans » le sable, que « sur » le sable… Et encore, à cet instant, la surface de cette piste était totalement lisse, presque tassée. Pas une moto n’était passée. Pas une ornière, pas une bosse, pas une vague. Que des traces de semelles, par centaines. Des godasses portant des mecs, des mecs évaluant, d’un œil parfois inquiet, à quelle vitesse ce paysage risquait de se transformer… Il s’est rapidement transformé... Très, très rapidement. Beaucoup trop… Il aura suffi d’une seule série pour que l’environnement se modifie. Des lèvres de sable ont poussé dans chacun des virages, des sillons se sont dessinés sur chacun des sauts, des vagues se sont soulevées dans chaque ligne droite.

En un instant, la lisse silice est devenue un immense tumulte. Si ce nouveau terrain de jeu - en mode labouré - ne semblait pas vraiment gêner les excellentissimes pilotes des championnats du monde MX2 et MXGP, pour la catégorie VET en revanche, ce n’était pas vraiment la même limonade. Enfin bon, pour être tout à fait honnête, les néerlandais, belges, suédois, estoniens, etc., habitués à l’exercice et roulant toute l’année dans ces conditions, n’ont pas vu la chose comme les pilotes latins engagés… Et en France, on est un peu latin non ? Enfin, tout ce qui est sous la Picardie, c’est à dire tout ce qui est loin du sable, c’est latin ! Et nous, face à tant de sable, on y a perdu le nôtre… de latin.

Un pilotage vraiment atypique, ou il est impératif de prendre de la vitesse pour permettre à la roue avant de lécher les crêtes de sable sans jamais s’enfoncer dans le creux des vagues.

Facile à faire ? Facile à dire surtout… Je revois un concurrent évoluant à mes côtés pendant les essais, tâchant d’appliquer cette rythmique avec envie mais sans méthode, accompagnant par de généreux efforts sa roue avant sur le sommet des trous. Un, deux, puis trois furent avalés en force, un peu trop en force sûrement. Au quatrième, sa roue avant plongea dans l’abîme de sable, occasionnant pour le coup un méchant mouvement de direction. La fourche se comprima à l’impact, et tordue de douleur, se vengea dans l’instant qui suivit en se détendant comme le ferait un élastique. Voir mon bougre balancé les deux roues dans les airs, le buste déséquilibré et le casque en avant, l’équipage - toujours mobile - n’étant absolument plus sous contrôle, avait quelque chose de tragi-comique. La réception se fit dans une autre vague, malheureusement encore dans sa base, la roue avant se planta, la moto bascula cul par dessus tête envoyant valdinguer son pilote un peu plus loin. Hébété, la visière du casque monté à la verticale, le gazier comptait ses dents… Il devait sûrement avoir l’impression d’en avoir plus, rapport à la pelletée de sable qu’il vennait d’engloutir. La silice, définitivement, ça craque sous la molaire… et pendant longtemps ! Une histoire de technique, on vous dit !

Mais une technique, ça ne s’apprend pas en un coup de gaz. Ça s’envisage, ça se flaire, ça s’évalue, ça se titille, ça impose de la répétition dans l’exercice. Et autant l’avouer tout net, si à 15 ans, ça ne pose pas de problème de commencer par tenter les choses avant d’en envisager les conséquences, à un peu plus de 40, on a plutôt tendance à imaginer ce que ça pourrait faire, avant éventuellement de tenter. Là, ce que je me dis, c’est que ça pourrait faire sans problème une clavicule… Vu que je n’ai pas envie de tenter la 5ème consolidation de clavette de mon histoire, je décide de toucher du doigt, d’apprendre par petit bout. Sûrement pas suffisant pour jouer le résultat, mais assez pour espérer profiter, intact, des deux manches.

Parce que oui, j’ai eu le droit de m’aligner au départ des deux manches. Après une qualification certes poussive (je termine 36 des 40 qualifiés, tandis que 10 pilotes passent à la trappe à ce stade), je me suis placé derrière la grille de départ. Par deux fois encore. Et par deux fois, je suis très bien sorti de cette satanée grille, étant jusqu’aux ¾ de ligne droite sur la même ligne que les pilotes de pointe positionnés tout à ma droite… Seulement, inquiet de la bousculade potentielle du premier virage, et lucide quant au fait que partir devant serait une mauvaise nouvelle sachant que j’étais incapable de tenir la vitesse des meilleurs dans cet environnement, je décide de couper mon élan à l’amorce du premier virage et de mener une course sage… Après quelques virages, je me mets dans ma course. Rien de bien glorieux mais une course méthodique où le but est surtout de ne pas faire de faute. J’y parviendrais plutôt bien, notamment grâce à une condition physique plutôt pas mal qui me permet de tenir mes manches bien mieux que pas mal de mes acolytes.

Finalement, au terme de ces deux fois 25 minutes de course, je termine 27ème et 26ème, pour une 25ème place finale à cette Coupe du Monde Vétéran 2015. Le petit bonus, c’est la place honorifique de premier français que je décroche. Des français qui auront bien souffert dans ces conditions si particulières.

Loin du Dakar, plus proche du Touquet, ce sable d’Assen aura apporté son grain particulier à cette compétition. Un sable de plus, un sable qui me plaît, même si je n’ai une fois encore pas tout compris. C’est ça qui est sympa aussi, même quand on court chez les VET, c’est de se dire qu’il reste plein de choses à apprendre, et tellement encore à découvrir… Un sable qui me donne envie d’apprendre à le maîtriser. Aussi, après les deux prochaines courses de championnat de Bourgogne (13 septembre et 4 octobre) qui marqueront le retour sur terre, je participerai à l’ouverture du championnat de France des sables qui se déroulera les 10 et 11 octobre du côté de Berck sur Mer, pour le traditionnel Beach Cross. Je vais quand même pas rester sur une telle frustration non ?